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Accord UE-Mercosur : l’exécutif se dit « contre » à Paris mais est aux abonnés absents à Bruxelles

samedi 27 janvier 2024

Le Premier ministre Gabriel Attal vient de rappeler l’opposition de la France au très nocif accord de libéralisation du commerce entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Pourtant, la Commission européenne a affirmé cette semaine vouloir conclure ces négociations d’ici à fin février. De nouvelle réunions entre les négociateurs en chef de l’UE et du Mercosur se sont même tenues ces jeudi 25 et vendredi 26 janvier au Brésil, dans la plus grande opacité. Emmanuel Macron avait promis de « bloquer » ces négociations. Ce n’est manifestement pas le cas.

Comment cela est-il possible ? En pleines mobilisations du monde agricole, en France comme ailleurs en Europe, les principaux négociateurs de l’UE et des pays du Mercosur se sont réunis au Brésil ces jeudi 25 et vendredi 26 janvier, dans la plus grande opacité, pour tenter de finaliser les négociations de cet accord nocif. Bien qu’ils n’y soient pas parvenus en juin et décembre 2023, ils affirment vouloir conclure un accord d’ici à fin février, avant que la campagne des élections européennes ne les en empêche. A Bruxelles, la Commission se montre optimiste en ce sens.

Qu’importe qu’il s’agisse désormais de négocier avec Javier Milei, nouveau président d’extrême-droite de l’Argentine. Qu’importe aussi, visiblement que se déroule sur le territoire européen un mouvement de mobilisation agricole qui mette à l’index ces accords de libre-échange. Des médias bien informés relatent même qu’un accord pourrait être annoncé avant ou pendant la 13e conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce, qui se tiendra à Abou Dhabi à la fin du mois de février (26-29). Soit au moment du Salon de l’agriculture à Paris (24 fév – 3 mars).

Lors d’une conférence de presse organisée en conclusion d’une réunion des ministres du commerce extérieur des pays Européens ces lundi 22 et mardi 23 janvier, le commissaire européen au commerce Valdis Dombrovskis a même affirmé que « la conclusion des négociations avec le Mercosur est à portée de main avant la fin de ce mandat » : la Commission européenne aurait voulu mettre de l’huile sur le feu qu’elle ne s’y serait pas prise autrement.

Et la France dans tout cela ? A la suite d’une prise de position unanime du Sénat se prononçant contre la signature de l’accord et une timide prise de parole du ministre des affaires étrangères pour dire que l’accord commercial UE-Mercosur « n’était pas acceptable en l’état », Gabriel Attal, en réponse à la mobilisation des agriculteurs, a affirmé ce vendredi 26 janvier que « La France s’opposait de manière claire à la signature du traité de libre-échange Mercosur ». Sans que le Premier ministre ne dénonce pour autant l’ambition et les récents propos de la Commission européenne ni-même les négociations en cours.

Il est légitime de se demander si l’exécutif français tient le même discours à Bruxelles qu’à Paris. Ou si Paris use de tout son poids pour obtenir l’arrêt des négociations. La France, désormais dépourvue d’un ministre du commerce extérieur depuis la nomination du gouvernement Attal, n’était par exemple même pas représentée au rang ministériel lors de la réunion des ministres du commerce extérieur de ces 22 et 23 janvier dernier où l’accord UE-Mercosur a pourtant été évoqué. Comment vouloir peser dans ces conditions ?

Il est temps que l’exécutif français et la Commission européenne entendent les exigences du monde agricole et, plus largement, celles de la société civile : l’accord UE-Mercosur, fondamentalement un accord viande contre voitures (1), est nocif et ne doit pas voir le jour. Nous avons mieux à proposer aux pays et populations d’Amérique du Sud qu’un accord de libre-échange visant à échanger de la viande contre des voitures pour renforcer les relations transatlantiques entre les deux continents (2).

Notes :

  1. Brochure - Viande contre voitures - Les 10 raisons de s’opposer à l’accord UE-Mercosur, par l’Aitec et Attac France
  2. Pour une alternative à l’accord de libéralisation du commerce UE-Mercosur : proposition endossée par plus de 170 organisations des deux côtés de la l’Atlantique – dont une trentaine françaises – pour abandonner cet accord obsolète et fonder nos relations politiques, commerciales et géopolitiques sur de nouveaux principes

Rappel sur l’accord UE-Mercosur :

En ramenant à zéro les droits de douane sur 90 % des biens échangé entre les deux continents, cet accord instituerait un marché de 720 millions de consommateurs. Après l’élection de Lula en novembre 2022, la Commission européenne avait fait du premier semestre 2023 une « fenêtre d’opportunité » pour le finaliser. En vain. Depuis, Bruxelles a maintenu la pression et a obtenu des pays du Mercosur qu’ils fournissent enfin une réponse écrite aux propositions de la Commission pour finaliser l’accord. Cette contre-proposition du Mercosur soulève bien des questions tant sur son interprétation que sur les enseignements politiques et stratégiques à en tirer. C’est sur cette base que des négociations se sont réouvertes en octobre 2023. Elles n’ont pas abouti en décembre. Elles ont repris le 9 janvier 2024.

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