Accord UE-Mercosur : l’application provisoire est un coup de force inacceptable. Paris ne fait rien.
jeudi 30 avril 2026
Alors qu’une nouvelle étude économique montre que l’accord de libre-échange UE-Mercosur ne produira pas les bienfaits économiques attendus par la Commission européenne, cet accord, le plus contesté de l’Histoire de l’Union européenne, va être appliqué de façon « provisoire » à compter de ce vendredi 1er mai. Sans que les filières agricoles les plus fragiles ne soient réellement protégées. Avant même que le Parlement européen ait pu voter sur le fond et avant même que la Cour de justice de l’Union européenne ait rendu son avis sur sa conformité avec le droit européen.
Pour le collectif national Stop Mercosur, qui regroupe les organisations de la société civile mobilisées contre cet accord depuis des années, c’est un passage en force qui piétine à la fois le Parlement européen, les institutions européennes et toutes les voix qui se sont exprimées contre cet accord : rappelons qu’en janvier 2026, lors du vote au Conseil, ce fut la première fois de l’histoire de l’UE qu’un accord de libre-échange n’a pas réuni l’unanimité des États-membres. Rappelons également que par deux fois la Commission avait promis aux parlementaires européen que l’application provisoire entérinée par le Conseil ne visait qu’à se couvrir d’un éventuel retard de ratification par l’un des pays du Mercosur, et non appliquer l’accord avant le vote du Parlement européen.
Les effets néfastes attendus de l’application de cet accord n’ont pas disparu comme par magie : les filières agricoles le plus fragiles des deux côtés de l’Atlantique, ainsi que celles des secteurs industriels et des services, vont pâtir de cette concurrence internationale, menaçant tant l’emploi paysan que la souveraineté alimentaire de chaque région. Encourageant les filières les plus nocives pour l’environnement (agrobusiness, industries polluantes etc.), cet accord va aggraver la déforestation, alimenter le réchauffement climatique et détruire la biodiversité. Enfin, en étendant notre dépendance aux marchés internationaux dans une période de vacarme globalisé, cet accord va aggraver les fragilités de l’économie européenne.
Le collectif national dénonce aussi l’exécutif français : avec une opposition plus ferme de la France, et sans les revirements multiples d’E. Macron comme à l’automne 2025, enclenchant le processus de ratification, nous n’en serions sans doute pas là. On ne gagne pas un marathon en faisant un sprint court tous les 10 km. L’exécutif français est encore aujourd’hui aux abonnés absents : là où la Pologne, seule, tente une nouvelle fois de repousser l’application provisoire, la France proteste à Paris mais ne fait rien à Bruxelles.
Pour aller plus loin :
- en février 2026, près de 200 organisations de la société civile avaient appelé à se mobiliser contre l’application provisoire. Des dizaines de milliers de personnes sont passées à l’action en ligne.
- lien vers la nouvelle étude économique publiée
Réactions des membres du collectif national Stop-Mercosur :
Pour Fanny Métrat, porte-parole de la Confédération paysanne,
« l’application provisoire de l’accord UE-Mercosur est un crachat au visage des paysannes et paysans. La mise en concurrence des paysannes et paysans du monde entier doit cesser ! C’est notre souveraineté alimentaire qui est bafouée. Le cynisme d’Ursula von Der Leyen est un scandale démocratique »
Pour Clément Helary, chargé de campagne à Greenpeace France,
« L’application provisoire de l’accord UE-Mercosur alors que le Parlement européen ne s’est pas prononcé est un scandale démocratique. Il va renforcer l’agroindustrie et les ravages qu’elle produit déjà sur les écosystèmes et le climat, et les violences qu’elle perpétue contre les personnes qui lui font face et défendent leurs droits. Pour que nous puissions espérer un futur durable, il doit être rejeté »
Pour Youlie Yamamoto, porte-parole d’Attac France,
« L’application » provisoire de l’accord est une grave atteinte à la démocratie. C’est une tentative d’imposer par des moyens détournés un traité profondément toxique, au mépris du Parlement européen et sans même attendre l’avis de la Cour de justice de l’Union européenne. Alors que cet accord fait face à une contestation historique, qu’il consolide un modèle agro-exportateur intensif et est incompatible avec les engagements climatiques européens, cette décision crée un précédent extrêmement dangereux : elle ne doit pas être mise en « œuvre ».
Pour Chloé Rousset, chargée de campagne à ActionAid France-Peuples Solidaires
« Cette ratification provisoire serait justifiée par une urgence à agir. Ce type de discours justifie quantité d’abus démocratiques et la dérégulation - notamment des marchés agricoles. La société civile française, et particulièrement les syndicats agricoles, continent à être vent debout contre cet accord. Le gouvernement français doit prendre ses responsabilité : il doit s’opposer fermement à cet accord et activement participer à le bloquer au niveau européen. »
Pour Maxime Combes, économiste à l’Aitec et co-animateur du collectif national Stop Mercosur,
« l’application provisoire de l’accord UE-Mercosur est un scandale démocratique inacceptable, bafouant le parlementarisme et les institutions européennes ; cet accord, le plus nocif jamais négocié par l’UE, mais aussi le plus contesté, n’a pas de majorité acquise au sein du Parlement européen ; passer en force revient à fouler aux pieds le Parlement européen pour appliquer à la hâte un accord lourd de conséquences ».
Organisations membres du collectif national Stop CETA-Mercosur :
ActionAid France, Aitec, Amis de la Terre France, Attac France, Confédération Paysanne, CGT, Greenpeace France, Fédération Artisans du Monde, Fondation Copernic, FoodWatch, FNE, FSU, Solidaires, etc.
MERCI DE NOUS SOUTENIR PAR VOS DONS EGALEMENT : 5€, 10€ ou plus si vous le pouvez feront la différence pour continuer à mener campagne !
Pour vous informer et vous impliquer, vous pouvez :
- vous inscrire par mail sur le site du collectif Stop CETA-Mercosur
- suivre les comptes Bluesky Instagram Twitter et Facebook du collectif,
- vous inscrire sur ce canal Telegram et cette chaîne Whatsapp (peu de messages)

