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« Nous appelons les députés européens à voter contre l’accord UE-Kenya »

mardi 23 janvier 2024

C’est le 19 juin 2023 que l’Union européenne et le Kenya ont annoncé avoir conclu un accord de partenariat économique. Les États-Membres de l’UE l’ont entériné le 12 décembre dernier, en pleine COP28 sur le climat, et il revient désormais au Parlement européen de se prononcer à l’occasion de la réunion de la Commission commerce international (INTA) ce mercredi 24 janvier, et en session plénière à la fin du mois de février. Dans une lettre ouverte signée par une trentaine d’organisations du Kenya et de l’UE, dont plusieurs françaises, la société civile appelle les eurodéputés européens à voter contre cet accord

Accès à la déclaration signée par plus e 40 organisations : ici en français en .pdf - version en anglais ici en .pdf

Cet accord de partenariat économique est tiré de l’accord négocié avec la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) et qui n’avait finalement pas été ratifié en 2016 : les États membres de la CAE avaient alors considéré que les industries locales n’auraient pas été en mesure de résister aux pressions concurrentielles des entreprises de l’UE, enfermant encore davantage la région dans son rôle de fournisseur de matières premières à faible valeur ajoutée. Revenue à la charge pays par pays, l’UE a réussi à décrocher le Kenya et briser l’opposition conjointe des pays de la CAE.

Dans la lettre ouverte, les organisations signataires dénoncent « la stratégie de l’UE consistant à isoler certains pays africains dans l’espoir que d’autres pays de la région, mis ainsi sous pression, se joignent à de tels accords », la jugeant inefficace et irresponsable : cet accord va « contribuer à saper l’intégration régionale de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) en limitant son droit au développement économique de manière soutenable et équitable ». « Les négociations entre le Kenya et l’UE ont déjà exacerbé les tensions en Afrique de l’Est. La mise en œuvre de cet accord UE-Kenya ne fera qu’aggraver cette situation » précisent-elles.

Sur le fond, cet accord va principalement profiter aux investisseurs européens déjà présents dans les secteurs agricoles kenyans tournés vers l’exportation (fleurs, fruits et légumes, etc), enfermant encore davantage la région dans son rôle de fournisseur de matières premières à faible valeur ajoutée. L’accord garantit aux produits kenyans un accès libre de droits et sans quotas au marché européen. De son côté, Nairobi s’est engagée à faire de même sur 82,6 % des importations provenant de l’UE, dont l’essentiel dans un délai de 15 ans.

Neuvième économie du continent africain, le Kenya exporte surtout des légumes, des fruits et des fleurs vers l’UE. A l’inverse, le pays importe des biens du secteur de la chimie et des machines européennes. Nul doute que l’on verra toujours plus de fleurs, fruits et légumes en provenance du Kénya sur les étals européens. Le Kenya assure à lui tout seul 30 % des importations de l’Europe, via des productions souvent contrôlées par des intérêts européens et pouvant s’appuyer sur une main d’oeuvre peu payée et l’usage de produits phytosanitaires interdits en Europe et/ou en France.

Plutôt que renforcer une relation commerciale inégalitaire et insoutenable qui ne peut que générer une dépendance de forme néocoloniale à rebours de ce qu’il faudrait faire, les organisations signataires appellent les membres du Parlement européen « à voter contre l’APE UE-Kenya et à envoyer un signal fort à la Commission européenne ».

Pour aller plus loin :

  • Le texte de l’accord UE-Kenya tel que publié par la Commission européenne est accessible ici
  • Ordre du jour de la Commission INTAT ces 24 et 25 janvier 2024

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